La naissance du Conservatoire-Jardin d’Isola
Le Conservatoire-Jardin d’Isola est le fruit d’une aventure humaine, scientifique et agricole portée par trois passionnés :
- Jean-Paul Gherardi, président de l’association Biophyto, spécialisée dans la recherche, l’étude et la protection des plantes sauvages des Alpes du Sud,
- Jean-Paul Blanc, président de l’Association Foncière Agricole de la Châtaigneraie de la vallée de la Tinée et de la Vésubie (AFA),
- Nicola Fuzzati, directeur du Département Innovation et Développement Matières, CHANEL Parfums Beauté.
Une histoire de rencontres
« C’est l’histoire de deux rencontres », explique Jean-Paul Gherardi.
La première, en 2008, avec Jean-Paul Blanc et l’AFA, autour d’un objectif commun : sauver la châtaigneraie d’Isola, alors en friche. À cette époque, Biophyto mène des recherches botaniques en partenariat avec l’Université Côte d’Azur. Le courant passe rapidement entre les deux associations, qui décident de travailler ensemble.
La seconde rencontre, en 2014, marque un tournant. Nicola Fuzzati, alors directeur de la recherche chez CHANEL, s’implique dans le projet.
« Sous son impulsion, l’exploration des espèces végétales à vocation cosmétique s’intensifie. De ces rencontres allait naître l’idée du Conservatoire-Jardin d’Isola. »
Biophyto, l’expertise botanique au service du vivant
Dans ce projet, l’association Biophyto assure la sélection, l’installation et le suivi des espèces végétales implantées dans les bacs du jardin. Elle accompagne également la formation du jardinier et des agents en charge des visites guidées.
Pour Jean-Paul Gherardi, le Conservatoire-Jardin est aussi un engagement personnel :
« Durant ma carrière de journaliste, j’ai pris conscience de la richesse de la flore du Mercantour. Une richesse trop souvent ignorée dans les Alpes-Maritimes, et menacée par le dérèglement climatique. La devise du jardin, « On ne protège bien que ce que l’on connaît bien », incarne aussi l’engagement de Biophyto. »
Le rôle de CHANEL et l’élan vers Isola 2000
La rencontre avec Nicola Fuzzati, directeur du Département Innovation et Développement Matières, CHANEL Parfums Beauté, donne une nouvelle orientation au projet.
« Très vite, nous avons vu que nos motivations se rejoignaient, notamment pour valoriser le cirque montagneux d’Isola 2000. »
C’est à la suite d’une sortie à Isola 2000 que l’idée du Conservatoire-Jardin prend forme. Après plusieurs pistes infructueuses, Isola est choisie. Malgré les obstacles, dont la crise sanitaire, le projet finit par voir le jour.
Aujourd’hui, à l’heure de son ouverture, Jean-Paul Gherardi se dit à la fois satisfait et vigilant :
« Ce jardin incarne l’alliance entre tradition agricole, innovation botanique et engagement environnemental. Mais le plus dur commence : transmettre, entretenir et faire vivre ce patrimoine. »
Une châtaigneraie en renaissance
Côté agricole, l’AFA a joué un rôle clé dans la préservation et la valorisation de la châtaigneraie d’Isola.
Jean-Paul Blanc, président de l’association, raconte :
« Je suis tombé dans les châtaigniers à l’initiative de Raymond Gibert, enfant d’Isola et héritier d’une tradition agricole locale. À l’époque, j’étais maire de Roure et en charge de l’agriculture pour toute la vallée de la Tinée. Raymond voulait remettre en état les châtaigneraies, mais manquait de moyens. On a créé l’AFA en 2004 à Isola, et lancé un programme de réhabilitation. »
Dès le départ, une dimension économique est intégrée au projet :
« Pour motiver les propriétaires, il fallait qu’ils y trouvent un intérêt. La commune nous a mis un local à disposition, et nous avons pu créer un atelier de transformation. La crème de marron est née ici, à Isola. »
Chiffres clés de l’AFA :
- 204 adhérents aujourd’hui (contre 50 au lancement)
- 75 hectares de châtaigneraies suivis
- 6 tonnes de châtaignes transformées la dernière saison
- 25 000 pots de crème de marron produits
Un conservatoire pour demain
L’AFA vise aussi la durabilité à long terme, avec la création d’un conservatoire de variétés.
Objectif : préserver une trentaine de châtaigniers adaptés aux évolutions climatiques.
« Nous avons intégré des variétés locales, mais aussi des plants issus de Collobrières et même de Naples. Une étude menée avec CHANEL montre qu’en 2050, le climat d’Isola ressemblera à celui de Naples. »
Un lieu à partager
Pour Jean-Paul Blanc, l’essentiel reste à venir :
« Ce Conservatoire-Jardin est celui des Isoliens. Il faut qu’ils se l’approprient. C’est aussi une opportunité touristique pour la commune, mais surtout un outil de formation pour les jeunes, les guides, les écoles… »
Le Conservatoire-Jardin d’Isola est un lieu vivant, entre mémoire et avenir, science et tradition, nature et culture.
À DÉCOUVRIR
L’intégralité des interviews de Jean-Paul Blanc, de Jean-Paul Gherardi et de Nicola Fuzzati.
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Interview de Jean-Paul Blanc
« Vous êtes à l’origine du projet sur sa partie châtaigne » ?
Je suis tombé dans les châtaigniers à l’initiative de Raymond Gibert qui est un enfant d’Isola, bien imprégné par l’agriculture isolienne car son grand père a créé le syndicat agricole d’Isola. Raymond est venu me voir au moment où j’étais maire de Roure et j’avais en charge tout ce qui était agricole et pastoral pour l’ensemble de la vallée de la Tinée. Il voulait remettre en état les châtaigneraies mais n’avait pas les moyens financiers. Nous avons mobilisé des fonds, mis en place des études pour savoir comment maintenir l’agriculture dans les vallées. On a créé une association foncière agricole en 2004 à Isola et notre première action a été de mettre en place un programme de travaux de réhabilitation de châtaigneraies. On a démarré avec une 50aine d’adhérents, principalement des isoliens car Isola est vraiment la commune castanéicole des Alpes maritimes.
« Mais vous aviez encore d’autres projets »
J’ai été élu président de l’AFA à cette époque et derrière ces premiers travaux on s’est aperçu très vite que pour donner envie aux gens de réhabiliter leur châtaigneraie il fallait qu’ils aient un petit intérêt économique. Donc on a créé l’atelier de transformation. La mairie d’Isola nous a mis à disposition le lieu. Et nous avons pu trouver des financements européens pour l’aménager. Cela a permis aux gens de transformer leurs châtaignes en crème de marron. Les châtaignes fraiches se vendent 6 euros le kilo quand, transformées en crème, on passe à 24 euros le kilo.
« Combien d’adhérents aujourd’hui à l’AFA ? »
Aujourd’hui on a 204 adhérents. On a ouvert l’association à la vallée de la Vésubie, en plus de la vallée de la Tinée. On recouvre 75 hectares de châtaigneraies. Et la saison dernière on a transformé près de 6 tonnes de châtaignes et produit 25 000 pots de crème de marron.
« Mais l’AFA voulait aller encore plus loin pour assurer la durabilité des châtaigneraies »
Dès le début, notre troisième ambition était la création d’un conservatoire de châtaigner. L’objectif c’est d’avoir une 30aine de variétés différentes de châtaigniers qui produisent des marrons et qui supporteront le changement climatique en cours. Nous avons des variétés de notre région mais aussi des variétés de la région de Collobrières. Dans cette commune du Var ils savent qu’avec l’évolution climatique, d’ici 20 à 30 ans ils n’auront presque plus de production de châtaignes. Le but c’est de pouvoir les réimplanter un peu plus en altitude, à Isola. On a poussé un peu plus loin encore car on a aussi stocké des variétés de la région de Naples. Une analyse climatique réalisée dans le cadre de notre partenariat avec la société CHANEL, démontre qu’en 2050 Isola aura le climat de Naples.
« Maintenant que le projet de Conservatoire-Jardin se concrétise, à l’heure de l’ouverture, quel est votre état d’esprit ? »
J’espère surtout qu’on aura une forte fréquentation. Ce Conservatoire-Jardin est celui des isoliens. Il est important qu’ils puissent se l’attribuer. Cela va être aussi une offre touristique complémentaire pour la commune d’Isola. Nous souhaitons aussi que ce soit un endroit pour former, éduquer les jeunes des écoles de la vallée et plus loin. On pourra aussi former des accompagnateurs en montagne pour leur faire découvrir le châtaignier et qu’ils puissent en parler plus facilement. Nous souhaitons vraiment un côté pédagogique en plus du côté purement « conservatoire ».
Interview de Jean-Paul Gherardi
« Vous êtes l’un des créateurs de ce Conservatoire-Jardin d’Isola, comment est née cette aventure ? »
C’est l’histoire de deux rencontres.
En 2008 je rencontre Jean-Paul Blanc et l’Association Foncière Agricole (AFA) Son objectif est de sauver la châtaigneraie d’Isola à l’abandon.
De mon côté, en tant que président de Biophyto, je suis engagé dans une démarche de recherches végétales en partenariat avec l’Université Côte d’Aur.
Le courant passe très vite entre nous deux, nos deux associations se « marient ».
En 2014 je rencontre Nicola Fuzzati qui est Directeur de la Recherche en Cosmétique de CHANEL. Là encore le courant passe très vite. Sous son impulsion, l’exploration des espèces végétales à vocation cosmétique s’intensifie.
De ces rencontres allait naître l’idée du conservatoire-jardin d’Isola.
« Quel est le rôle de Biophyto dans le projet ? »
Biophyto assure la sélection, l’installation et la gestion des espèces végétales qui se trouvent dans les bacs. Nous participons également à la formation botanique du jardinier en charge de l’entretien du conservatoire-jardin, ainsi que la formation des agents qui proposeront les visites guidées du jardin.
« Quel est votre objectif en participant à ce projet ? »
Durant ma carrière de journaliste j’ai pris conscience de la richesse de la flore du Mercantour. Une richesse hélas trop souvent ignorée du public dans les Alpes-Maritimes. Un patrimoine également menacé par le dérèglement climatique, qu’il faut faire connaître pour mieux le protéger.
La devise du conservatoire-jardin « On ne protège bien que ce que l’on connait bien. » c’est aussi notre engagement dans l’association Biophyto.
« Votre rencontre avec Nicola Fuzzati* a été déterminante dans la mise en route de ce projet ? »
Très vite, avec Nicola nous avons appris à nous connaître, découvert rapidement que nos motivations se rejoignaient notamment au sujet de la promotion « verte » du cirque montagneux d’Isola 2000, véritable « laboratoire à ciel ouvert ».
C’est d’ailleurs après une sortie à Isola 2000 que le projet de Conservatoire-Jardin a été évoqué pour la première fois. Après plusieurs recherches infructueuses, le choix s’est porté sur Isola où il a fallu convaincre et aussi surmonter la crise du covid qui a entrainé un important retard.
Aujourd’hui tout est derrière nous.
« A l’heure de l’ouverture au public du Conservatoire-Jardin, quel est votre état d’esprit ? »
Satisfait de voir le projet aboutir, ce qui au départ n’était pas évident.
Mais aussi préoccupé par le futur, même si ce Conservatoire-Jardin symbolise l’alliance entre tradition agricole, innovation botanique et engagement environnemental.
Interview de Nicola Fuzzati
Comment avez-vous découvert Isola ?
J’ai découvert Isola à l’occasion de la rencontre avec Jean-Paul Gherardi, Président de l’association Biophyto, avec qui nous avions identifié l’intérêt du Solidage. Nous recherchions alors un approvisionnement afin de pouvoir faire des analyses et confirmer cet intérêt. Jean-Paul nous a alors conduit à Isola 2000 où la plante pousse naturellement. Et c’est là que j’ai découvert la grande richesse en biodiversité de la région. Et depuis, les hauteurs d’Isola 2000 sont devenues le « sanctuaire », où avec l’aide de Biophyto, nous allons identifier et récolter les plantes les plus prometteuses pour les analyser au sein de notre laboratoire.
Pourquoi le solidage est une fleur intéressante pour vous ?
Le solidage est une plante alpine connue pour ses propriétés médicinales et qui est listée à la Pharmacopée Française. Son étymologie est d’ailleurs évocatrice car son nom Solidago provient du latin « Solido » et signifie « consolider, renforcer » ! De plus, cette plante contient de nombreuses molécules actives, que l’on a pu extraire pour créer un ingrédient anti-âge particulièrement efficace.
Pourquoi avez-vous eu envie de co-créer ce Conservatoire-Jardin ?
Dans notre stratégie de développer des filières résilientes et sur le long terme, nous avons à cœur de contribuer à la préservation de la biodiversité. Naturellement nous nous sommes associés à l’AFA pour contribuer à ce projet de grande envergure qui intègre les plantes médicinales issues de la biodiversité locale (soit 60% de la flore française) et les variétés de châtaigniers faisant partie du Patrimoine végétal de la région.
A travers ce projet, nous contribuons à protéger, valoriser et connaitre la flore locale associant un volet culture et social à la préservation de la biodiversité.
Quel a été votre rôle et le rôle de CHANEL dans cette création ?
Mon rôle a démarré dès la phase d’idéation de ce projet en partenariat avec Biophyto et l’AFA. Notre implication s’est poursuivie avec le choix des plantes, par Claire Ezanno, notre ethnobotaniste, en partenariat avec Jean-Louis Polidori, botaniste de Biophyto.
Nous avons donc apporté notre support financier et scientifique depuis la création du Conservatoire-Jardin et tout au long de son développement, et nous souhaitons continuer à nous engager dans la région dans le futur. En effet, cette région va rester un endroit où nous allons poursuivre nos recherches car elle est très riche en biodiversité.
A l’heure de l’ouverture du Conservatoire-Jardin quel est votre sentiment ?
Ce projet a démarré il y a plusieurs années. C’est donc un vrai sentiment d’accomplissement et de fierté que je ressens aujourd’hui à l’ouverture de ce Conservatoire-Jardin, fruit d’une belle collaboration entre les partenaires Biophyto, l’AFA et la Mairie d’Isola et CHANEL, et d’une grande aventure à la fois humaine et scientifique !